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Secteur secondaire : Femmes, on vous aime !

Maçonne, grutière, soudeuse,… non les métiers du secteur secondaire ne sont plus la chasse gardée des gros bras. Mais avec 30% de femmes dans l’industrie et 10% dans la construction, ces filières techniques se sentent délaissées par la gente féminine. Pénibilité, virilité, voire machisme, ces préjugés leur colle à la peau. Une image que réfutent vigoureusement les employeurs, soucieux de séduire au plus vite les travailleuses. Car le BTP, la métallurgie ou la plasturgie souffrent de pénurie de candidats, et surtout de candidates. Se priver de 50% des talents est un jeu dangereux lorsque l’on peine déjà à recruter. Femmes, sachez-le, vous êtes courtisées !

Crise indutri-elle

« Nous ne pouvons nous priver des femmes pour gagner la bataille industrielle ! » prévient Dominique de Calan, Délégué général adjoint de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie. Or, nous sommes loin du compte avec 30% de femmes dans l’industrie, contre 51% dans les services. Si les industries chimiques, agroalimentaires et textiles tirent leur épingle du jeu (43% de collaboratrices), les industries de la métallurgie ne comptent que 21% de femmes. Le domaine est pourtant varié : sidérurgie, fonderie, électronique, informatique, aéronautique, spatial, naval, automobile, ferroviaire,...

L’industrie le crie haut et fort : aucun de ses métiers n’est plus l’apanage des hommes. L’évolution des technologies a permis de les ouvrir à tous et à toutes. Or, force est de constater que les progrès de la mixité professionnelle ne suivent pas. Car les racines du mal sont profondes : le déséquilibre est flagrant dès l’orientation scolaire. Alors que les filles sont majoritaires en terminale scientifique, elles ne sont plus que 13% à choisir une spécialité industrielle à l’université et représentent moins du quart des ingénieurs diplômés. « La centaine de témoignages que nous avons recueillie est révélatrice : les femmes ayant choisi l’industrie l’ont souvent fait contre l’avis de leurs parents, voire de leurs professeurs, » se désole Dominique de Calan.

La mixité en chantier

Avec ses emplois à la pelle (100 000 recrutements en 2006), le secteur du bâtiment fait pourtant figure de cancre en termes de mixité : seules 10% de femmes y travaillent actuellement, dont 1% sur les chantiers ! Comme dans l’industrie, le décalage est grand entre l’image du secteur et la réalité du terrain. Les métiers se mécanisent, deviennent de moins en moins physiques et s’ouvrent naturellement aux femmes. Le seul aménagement à faire sur les chantiers serait la création de sanitaires et de vestiaires réservés, nous précise la Fédération Française du Bâtiment. Des investissements que les employeurs concèderaient volontiers pour résoudre leurs difficultés de recrutement.

La balle est donc dans le camp des candidates. Trop peu de jeunes filles se découvrent une vocation de couvreuse, d’électricienne ou de chef de chantier. Le second ½uvre commence tout juste à accueillir des carreleuses, maçonnes, plombières, grutières et tailleuses de pierre.

Opérations séduction

Industrie ou BTP : quelque soit le secteur, les entreprises se mobilisent pour tenter de résoudre cette désertion féminine. Campagnes médiatiques et actions en faveur des femmes se multiplient. Ainsi, l’évènement « Industrielle », organisé en 2005, n’a pas fait dans la demi-mesure. Le temps d’une journée, Bercy s’est teinté de rose pour accueillir 12 000 femmes tentées par l’aventure des métiers techniques.

Le système scolaire est au c½ur de ces diverses initiatives : pour inverser le mouvement, mieux vaut s’y prendre tôt. Citons, par exemple, les accords conclus entre PSA ou IBM et l’Education Nationale. Au programme : interventions et témoignages dans les établissements, visites de sites industriels, parrainages, activités ludiques.

Mais les actions ne s’arrêtent pas à la porte des entreprises. Là aussi, il y a du travail : dans l’industrie, les femmes gagnent en moyenne 20% de moins que leurs collègues masculins et seules 13% d’entre elles sont cadres contre 20% des hommes. De grands groupes se mobilisent, l’Agence Spatiale Européenne, General Electric France ou encore Schlumberger tentent, par exemple, de faciliter le développement professionnel de leurs employées via des réseaux internes, des formations, de la flexibilité, des aides familiales (garde d’enfants),…

Du côté du BTP, la Fédération Française du Bâtiment souhaite tripler le nombre de femmes sur les chantiers et dans les ateliers avant fin 2009, soit 30 000 recrues d’ici 2 ans. Elle a signé, à cet effet, un accord avec l’AFPA et l’ANPE pour sensibiliser et former les demandeuses d’emploi. Par ailleurs, le groupe Femmes du Bâtiment, qui compte aujourd’hui 3 000 membres, vient de fêter son 25ème anniversaire. Il espère faire des émules en organisant tout au long de l’année des expositions, démonstrations, tables rondes, forums, marrainages,…

Le volontarisme des acteurs du secteur secondaire fera t’il mouche ? Pourquoi pas, après tout, se serait-on douté il y a 10 ans que les métiers de policier ou de conducteur routier se conjugueraient un jour au féminin…

Article publié sur Keljob.fr par Laure Marcus