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S.I.C.A.D.A.P. : un savoir-faire local à portée nationale

Claude Dumoulin et ses activités pèsent lourd à Fontaine-sous-Montdidier, commune de 170 habitants à quarante minutes d’Amiens. La PME qu’il dirige, la Société d’Intérêt Collectif Agricole des Aviculteurs de Picardie (S.I.C.A.D.A.P.), emploie plus du tiers de la population.

La S.I.C.A.D.A.P. est un groupement de producteurs, dont 80 % de producteurs laitiers et avicoles locaux. Cette entreprise de conditionnement et de commercialisation d’œufs est actionnaire de Matines, société de renom spécialisée dans la grande et moyenne distribution. La S.I.C.A.D.A.P. ne distribue en général que dans le nord et l’est de la France tandis que Matines, qui représente 40 % du marché de l’œuf en France, mène des opérations sur tout le territoire.

Claude Dumoulin, cinquante-sept ans, a pris la direction de la société il y a trente ans. « Je suis d’origine agricole et suis terrien jusqu’au cou. Jusqu’à vingt-deux ans, j’ai suivi des études agricoles et j’ai obtenu l’équivalent du BTS agricole. Puis ensuite j’ai appris sur le tas, autour d’Amiens. » À l’image du succès de la pomme de terre ou de la betterave à sucre dans la région, il a voulu adapter les productions locales aux spécificités du marché national.

Les employés sont chargés d’accompagner l’œuf, du poussin jusqu’au point de vente. D’un coté, ils collectent les œufs, détectent les défauts, les pèsent et effectuent un tri. De l’autre, des livraisons d’un million et demi d’œufs peuvent se révéler problématiques. « Par exemple, on livre Leclerc à Arras, à 120 kilomètres du centre de conditionnement. On leur livre de 80 000 à 150 000 œufs en cinq heures. La vitesse compte pour beaucoup, c’est un facteur essentiel. »

Il est avant tout question de fraîcheur : « On travaille un produit vivant, avec une durée de vie courte, de 28 jours seulement. Nous livrons 72 heures après ponte, alors c’est un circuit en boucle, un métier en flux tendu. Le produit doit arriver au consommateur très vite, très frais. »

Le contrôle fait partie intégrante de la production. La S.I.C.A.D.A.P. a adopté des critères à échelle européenne, l’International Food Standard. Toutes les étapes de la vie d’un poussin sont examinées et l’on doit pouvoir suivre la production du poussin à l’œuf. Il est possible de déterminer l’origine du poussin, son bâtiment d’élevage, la qualité de son eau ou encore la poussière présente dans l’environnement. La sécurité alimentaire est ainsi assurée.

Mais voila, des frais supplémentaires viennent se cumuler aux coûts du processus de production, dont principalement l’alimentation des poules. « Le prix du blé a doublé en un an. Or une poule consomme principalement du blé, des céréales. Les poussins, eux, ont besoin de soja, qui s’achète souvent en dollars et dont le transport coûte cher. Le prix des phosphates aussi a augmenté. En fin de compte, l’alimentation représente 65 % du prix de revient d’un œuf. »

Les notions plus récentes de bien-être animal aussi affecteront l’évolution du secteur. « Les éleveurs ont jusqu’au 1er janvier 2012 pour se mettre aux normes. Ils auront besoin de cages plus grandes, plus hautes et avec perchoir. Dans notre cas, pour 400 000 poules, les aménagements pourraient nous coûter huit millions d’euros. » Claude Dumoulin ne voit pas ces nouvelles mesures d’un mauvais œil, mais il s’autorise quand même un brin d’inquiétude. « C’est un risque. Ces réformes pourraient donner l’avantage à nos concurrents dans des pays où il n’y a pas ces questions de bien-être, où ils continueront à se développer et surtout à un coût bien moindre. »

Légende Photo : La marque Matines pense vendre 250 millions d’œufs cette année, pour un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros.