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Péronne : la famille De Clerck détient le secret d’une bière séculaire

Eliane De Clerck dirige la plus ancienne brasserie industrielle picarde. Depuis plus de deux siècles, les De Clerck transmettent leur « savoir-faire les bulles » de génération en génération. Aujourd’hui, à l’heure des grands groupes et des centrales d’achats, la PME mise sur la tradition pour survivre.

1774, ça sonne presque comme le nom d’une marque de bière alsacienne, non ? C’est en fait l’année où tout a commencé pour la plus vieille brasserie industrielle de Picardie : la brasserie De Clerck. À l’origine, à la fin du 18ème siècle, les fondateurs sont implantés à Hondeghem dans les Flandres. Ce n’est que bien plus tard, en 1926, que leurs descendants Pierre et Gabriel De Clerck rachètent la Brasserie de Péronne pour la faire prospérer pendant des décennies.

Aujourd’hui, Eliane De Clerck est à la tête de l’entreprise familiale. Depuis le décès l’an dernier de son mari Michel – dernier « héritier » de la lignée - la femme de 56 ans a repris les rênes de la société entourée de ses deux enfants et de quatre employés. « C’est une affaire de famille qui a perduré à travers les générations, affirme-t-elle. D’ailleurs aujourd’hui mon fils Jean-Philippe a pris la place de son papa. À 27 ans, c’est un jeune brasseur mais il a les épaules larges. Ma fille Joséphine s’occupe de la publicité et moi je gère l’entreprise ».

Moins d’alcool

Dans la plus pure tradition des maisons allemandes et tchèques, La brasserie De Clerck fabrique huit variétés de bières selon le mode de fermentation basse. « Après une première fermentation de huit jours pour produire l’alcool, notre bière est soumise à une fermentation secondaire, la garde, pendant quatre à six semaines. Cela permet de l’affiner et de bien l’équilibrer » explique la dirigeante. La variété la plus connue des picards est certainement la Colvert, une blonde à 7% d’alcool, à la fois souple en bouche et modérément houblonnée. D’autres boissons plus légères figurent au « catalogue », comme la Fanette, une dorée à 6%, ou la blanche de Péronne à 4%. Selon Eliane, « la tendance actuelle est des produire des bières qui ne soient trop alcoolisées. La législation est de plus en plus stricte et les consommateurs achètent moins de bières fortes ». L’embouteillage des produits se fait sur place : les bières sont disponibles en 33cl ou en 75cl.

La distribution : un n½ud !

En dépit de son histoire, la brasserie De Clerck reste un petit poucet sur un marché mondial de la bière qui brasse des milliards d’euros. Sa bière est diffusée auprès de 200 commerces régionaux, ainsi que dans une quinzaine de cafés entre Péronne et Amiens. 1200 hectolitres sortent des cuves de la brasserie chaque année. Un volume incomparable avec les 3 millions d’hectolitres produits sur le site Heineken de Mons-en-Baroeul dans le Nord. « Nous, les PME, on ne peut pas lutter face aux géants et à leur puissance de distribution, explique Eliane. En échange de contrats, ils équipent les bars en pompes, en mobilier et en enseignes. Et les grandes centrales des supermarchés nous dictent leurs conditions d’achat en fixant prix et quantités. La diffusion de nos bières est donc plus difficile aujourd’hui qu’il y a 50 ans ». À cette époque, Pierre et Gabriel De Clerck employaient 40 personnes et ils brassaient 20 000 hectolitres par an. Eliane De Clerck ne perd pas espoir pour autant. Ses affaires sont reparties après un creux dans les années 1990. Depuis deux ans, elle s’est lancée dans la production de bière Stager en fûts de 20 litres. Une activité rentable : elle représente déjà près du quart de son chiffre d’affaires. Plus que jamais, elle tente de faire fructifier le savoir-faire séculaire des De Clerck. Une légende qu’elle se fera un plaisir de vous conter : la brasserie organise des visites guidées. Sans oublier les dégustations !

Légende : Pour Eliane De Clerck, « brasser la bière, c’est un amour qui se transmet comme un virus dans la famille. Mais il ne s’agit pas seulement de la fabriquer, il faut aussi la vendre ! »