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Mot de passe : croissance

Le marché de l’emploi dans l’informatique et les télécoms a renoué avec le dynamisme. Nombre d’offres diffusées à la hausse, création de postes, boom du recrutement sur les salons de l’emploi, 2007 a été une année faste ! L’embellie devrait se poursuivre en 2008… cependant tout n’est pas rose au pays IT. État des lieux et perspectives contrastés.

Bonne santé générale

Si globalement tout va très bien, à y regarder de plus près, quelques nuances sont à souligner.

Du côté du tableau parfait, le Syntec annonce une croissance moyenne de 6,5 % en 2007 pour le secteur des logiciels et services informatiques. Secteur qui, toujours selon la chambre professionnelle des SSII et des Éditeurs de Logiciels, a créé 15 000 nouveaux postes l’année dernière pour 55 000 recrutements, s’imposant comme le premier recruteur de cadres, avec un effectif de plus de 300 000 salariés. De son côté, l’Apec note une hausse de 32 % du volume des offres à destination des informaticiens en février 2008. Pour la quatrième année consécutive, la fonction informatique occupe la première place des recrutements de cadres avec plus d’un tiers des offres. Le secteur reste aussi en tête des fonctions ouvertes aux jeunes diplômés. Une étude de la DARES prévoit même 207 000 postes d’informaticiens à pourvoir d’ici 2015.

Face à cette déferlante de chiffres positifs, le Munci, Mouvement pour une Union Nationale et Collégiale des Informaticiens, relativise une reprise qui cache d’importantes disparités. Discrimination à l’embauche dès 35-40 ans, surtout pour les profils techniques, et taux de chômage entre 4 et 6 % chez les informaticiens, l’association professionnelle dément le mythe de la pénurie de compétences, exception faite de l’Île-de-France (5 régions concentrent à elles seules 80 % de l’emploi IT). Car on recrute beaucoup… mais on licencie aussi beaucoup. La bête noire du Munci : les SSII. Qualifiées de « championnes des abonnements aux sites de recrutement » pour se constituer une base de données, ces sociétés parleraient surtout de difficultés quand elles n’arrivent pas à recruter rapidement certains profils sur mesure à des salaires modérés. Le Munci vient d’ailleurs de faire part de sa volonté de créer un syndicat de branche, qui serait le pendant du Syntec Informatique, pour les salariés et les indépendants.

Les spécialités les plus recherchées dans l’informatique

C’est dans le domaine de l’informatique de gestion que les intentions d’embauche apparaissent les plus massives. Pour Anne Vaisbroit, responsable du département social, emploi et formation au Syntec Informatique, « en termes de volume, ce sont les développeurs ou ingénieurs études et développement, les chefs ou directeurs de projets et les administrateurs de bases de données qui sont les plus recherchés. » Mais depuis un ou deux ans, certaines professions sont en pleine croissance : « notamment les consultants, architectes réseaux, techniciens de maintenance, spécialistes des tests et de l’intégration de logiciels… » . Quant aux « pros » Java, J2EE, Open Source, Linux, PHP, Oracle, .net, SAP ou encore Unix, ils ne devraient avoir aucun mal à trouver le poste qui leur convient.

Très recherchés également : les consultants sur les projets de mise en place de progiciels de gestion intégrée ERP. L’hôtellerie-restauration, la mode ou la finance n’ont pas les mêmes besoins ni les mêmes modes de fonctionnement, les spécialistes informatiques connaissant en outre le secteur sont donc très appréciés.

Mais les profils les plus recherchés sont justement difficiles à trouver ! Le Syntec Informatique a donc créé l’association Pasc@line, qui regroupe plus de soixante établissements d’enseignement supérieur (écoles et universités) formant aux métiers des technologies de l’information et de la communication. « A travers ces partenariats, nous souhaitons accroître l’attractivité de nos métiers en amont, en allant au devant des étudiants dans leurs écoles mais aussi travailler à l’adéquation entre la formation et les besoins des entreprises » , explique Anne Vaisbroit, responsable du département social, emploi et formation au Syntec Informatique.

Les spécialités les plus recherchées dans les télécoms

" Exploitation et maintenance" : +79 %, "Systèmes, réseaux, données" : +49 %. La hausse de la fonction informatique notée par l’Apec a essentiellement profité à ces deux catégories des télécoms.

Trois grands domaines d’activité
« Les salariés de la branche télécom sont employés dans trois grands domaines d’activité, précise l’étude sur l’emploi et la formation dans le secteur de UNETEL-RST (2007). Le domaine « technique », y compris les métiers de l’innovation et du multimédia, dont le poids a légèrement diminué cette année et qui représente aujourd’hui 30 % des effectifs. Suivent le domaine de la « relation commerciale et du marketing » qui a encore progressé par rapport à 2006 avec 54 % des effectifs puis les métiers transverses dits de « support » (RH, comptabilité, finances…) qui regroupent un effectif stable de 16 %. » Le syndicat souligne aussi une tendance forte du moment : le développement de la VoIP (Voice over Internet Protocole).

Par ailleurs, la barrière entre informatique et télécom semble beaucoup moins nette qu’auparavant. « Les compétences doivent aller au-delà de son propre domaine, explique Frédérique Richet, Senior Product Manager chez British Télécom. Un ingénieur télécom doit aussi connaître l’informatique. Et en tant que fournisseur télécom, par exemple, nous devons évoluer : créer de la valeur ajoutée à nos produits passent par des applications informatiques ».

* Union nationale des entreprises de télécommunications, de réseaux et de services en télécommunications

Jeunes diplômés à l’honneur
Le secteur attire de nombreux jeunes avec une forte population de salariés de moins de 36 ans. En outre, on note une prédominance des ingénieurs et cadres avec 56 % de cadres dans la branche. Pierre Rolin, directeur de TELECOM SudParis (ex INT), qui forme des ingénieurs télécom, confirme : « 67 % de nos étudiants avaient un contrat avant d’être diplômés, il y a trois ou quatre ans, ils étaient entre 30 et 35 %. En 30 ans d’enseignement, je n’ai jamais vu ça ! ». Les voies d’approfondissement les plus prisées par les étudiants cette année sont « Convergence des services et infrastructures réseaux » et « Sécurité des systèmes et des réseaux ». Leurs choix ne se font pas au hasard, chaque semaine des entreprises viennent leur présenter les débouchés possibles et les compétences recherchées. En tête du palmarès : les systèmes d’information, les métiers de la finance et de l’évaluation du risque et puis les réseaux, les mobiles et la sécurité. Tous les ans, l’école fait un sondage auprès de ses jeunes diplômés sur leur premier emploi : un tiers des étudiants de l’année dernière travaille au sein d’une société d’audit et de conseil (dont 27 % font du réseau) et 18 % dans une société de services et de conseils.

Des salaires disparates

Si les salaires sont clairement à la hausse depuis deux ans dans le secteur informatique, selon le Munci, l’augmentation ne concernerait que les salaires à l’embauche et les débutants, tandis que de leur côté, les informaticiens en poste et notamment les plus expérimentés constatent souvent un blocage de leur rémunération. En clair : vous pouvez obtenir un très bon salaire au début mais stagner sur le long terme...

Quand le Conseil National des Ingénieurs enquête…
Sur les 27 secteurs économiques analysés dans l’enquête sur les rémunérations du Conseil National des Ingénieurs et des Scientifiques de France (CNISF), c’est le secteur des SSII qui enregistre, chez les ingénieurs, les rémunérations les plus basses du marché (juste devant l’agriculture) avec un salaire médian de 43 805 euros. Le Munci estime que la différence de salaire entre les SSII et les entreprises utilisatrices est de l’ordre de 10 %. A la différence des études qui se basent sur les grilles de salaires communiquées par les entreprises, l’enquête du CNISF a recueilli les chiffres communiqués par les ingénieurs eux-mêmes (40 000 pour cette enquête 2007).

La version des salariés
Sur le site www.salaires-informatique.info, le Munci appelle aussi les informaticiens à indiquer leur salaire selon leur niveau d’études, leur région, leur poste… Quelques exemples de salaires moyens : pour un ingénieur réseau, 35 614 euros, pour un technicien d’exploitation, 22 907 euros ou encore 23 807 euros pour un webmaster. Une enquête semblable a été réalisée par 01 Informatique : dans les deux cas, le Munci remarque que les salaires se révèlent inférieurs de 20 % en moyenne à ceux qui sont annoncés par les entreprises et les cabinets d’analystes ! L’association voit deux raisons à cette différence : « Lorsqu’elles mentionnent les salaires qu’elles pratiquent, les entreprises parlent généralement de grilles ou de fourchettes hautes... et non de la réalité ! Les salaires sont communiqués le plus souvent par les entreprises utilisatrices où les salaires des informaticiens sont supérieurs à ceux des SSII. »

Et enfin, selon le Syntec
Selon la grille du Syntec pour les salaires bruts minimaux dans la branche, employés, techniciens et agents de maîtrise peuvent gagner de 1 298 à 2 064 euros mensuels selon leur expérience. Quant aux ingénieurs et aux cadres, leur salaire peut varier de 1 751 euros par mois pour un débutant aux 35h et grimper jusqu’à 5 971 euros pour un cadre autonome expérimenté. Des salaires qui seront majorés au 1er juillet 2008.

Du côté des télécoms
Après l’explosion due à la fin du monopole de l’opérateur historique et au boom de la téléphonie mobile, le marché des télécoms connaît une relative stabilisation des salaires. « Au moment de la bulle informatique, des chasseurs de têtes vous appelaient, les gens changeaient de poste assez facilement en réalisant de bonnes augmentations de salaire. Aujourd’hui le marché s’est calmé ", remarque Frédérique Richet, Senior Product Manager chez British Télécom. Actuellement, c’est plus le domaine du marketing que celui de la technologie qui est porteur. Les consultants se multiplient comme des petits pains. Il y a d’ailleurs un surnombre assez étrange de consultants « seniors » facturés aux entreprises comparé au nombre de seniors sur le marché… Par un tour de passe-passe très habile, les « juniors » sont effectivement payés comme des débutants mais sont facturés à prix d’or aux entreprises clientes ! Une pratique qui ne se dit bien sûr qu’en off…

Article publié sur Keljob.com par Magali Morel