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Manag’air : l’avion-taxi à la demande
Le pilote Albert Ruoso est à l’origine d’un service de vol privé basé à l’aéroport d’Amiens. Depuis 1995, son entreprise Manag’air transporte des clients aux quatre coins de l’Europe sur un simple appel.
Vous êtes ministre et vous avez un meeting dans deux heures à l’autre bout de la France ? Vous êtes malade dans une zone reculée des Balkans et vous devez être rapatrié ? Une chose est sûre, vous avez besoin d’un avion. C’est pour faire face aux exigences d’une clientèle pressée qu’Albert Ruoso a créé Manag’air il y a douze ans. Son histoire, c’est la réalisation d’un rêve. À la cinquantaine, après deux décennies dans les assurances, Albert estime qu’il est temps d’apprendre à voler. « J’avais depuis longtemps la passion du vol, quelque chose en moi était resté en jachère, affirme ce lorrain d’origine. Pour moi, c’était un métier difficile d’accès ». Entre cours du soir et stages de navigation, il passe son brevet de pilote en trois ans et fait ses armes au sein d’une compagnie d’aviation d’affaire alsacienne. Son projet ? Acheter son propre avion et développer un service de taxi. Albert fonde Manag’air en 1995 avec le soutien financier des collectivités. Aux commandes d’un petit Bi turbopropulseur, il commence à sillonner l’Europe.
Une ambulance des airs
Aujourd’hui, sa PME est devenue incontournable. Albert a troqué son premier avion pour un Beech 200 bien plus confortable. Un engin qui peut accueillir dix personnes et couvrir jusqu’à 2000 kilomètres d’un trait. Manag’air emploie désormais quatre pilotes et facture plus de 200 vols par an à 1 700¤ l’heure. Sa clientèle, majoritairement basée à Paris, est « récupérée » à l’aéroport du Bourget. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont été ses passagers pendant la campagne de 2007. Gérard Depardieu et Carole Bouquet ont également fait appel à Albert. Les milieux d’affaires ne sont pas en reste : les patrons profitent de la souplesse de l’entreprise picarde pour faire face aux imprévus.
L’essentiel de l’activité d’Albert Ruoso est toutefois lié au transport médicalisé. Les compagnies d’assistance lui procurent ainsi les deux tiers de ses revenus via les missions de rapatriement de leurs assurés. Un marché juteux que se partagent une poignée d’entrepreneurs en France. Albert ne s’en cache pas, « les finances vont très bien ! ». Le chiffre d’affaires de Manag’air n’a cessé de croître depuis 2004, après une période de flou à la suite des attentats de 2001.
À l’avenir, son développement passe par l’achat de nouveaux appareils et par le recrutement de pilotes. Un avion plus spécifiquement adapté au transport de civières viendra compléter la flotte de la SARL picarde cet été.
Cap sur le monde
À moyen terme, un projet bien plus ambitieux anime le pilote. D’ici trois ans, il rêve de voler vers l’Amérique et l’Asie. Pour « jouer dans la cour des grands », il va devoir casser sa tirelire et s’associer avec d’autres transporteurs. Seul un avion à réaction peut parcourir 6000 kilomètres sans ravitaillement. Son coût : près de dix millions de dollars. « C’est le moment ou jamais ! s’enthousiasme-t-il. La parité euro-dollar est favorable et les compagnies américaines n’acceptent plus de civières dans les avions de ligne depuis l’an dernier… »
Et le plaisir dans tout ça ? A écouter Albert, 62 ans, il est resté intact. « Ce métier, c’est tellement de contraintes que c’est mission impossible si on n’est pas passionné. Si j’avais investi tout cet argent dans une pizzeria, il y a longtemps que j’aurais fait fortune et arrêté de travailler. Mais j’aime voler ! ». Pour Albert, le rêve se poursuit.
Légende photo : Albert Ruoso a investi 2 millions de dollars dans son avion actuel, un Beech 200.
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