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Le maître du trompe-l’½il
Marc Gardereau est un illusionniste. Vous croyez voir un mur de marbre alors que ce n’est qu’une peinture. C’est la subtilité de son coup de pinceau qui lui permet de reproduire les matières, n’importe quelle matière, y compris celles qui n’existent pas…
Marc Gardereau travaille comme peintre décorateur depuis trente-neuf ans. Héritier d’une vieille tradition, il réalise des effets de matière : « J’imite des matières comme le bois, le marbre, et puis je travaille la chaux et les stucco. On peut faire plein de choses dans la décoration, c’est à l’infini. » Son travail se situe entre celui du peintre en bâtiment et celui de l’artiste : « C’est une très vieille technique qui existait déjà à Pompéi, mais elle s’est surtout développée au XVIIIe siècle. C’est un métier un peu particulier et assez difficile, ce qui fait que nous ne sommes pas nombreux. Etrangement, c’est un travail inconnu, parce que, si c’est bien fait, on ne voit pas que c’est faux. »
Il suffit d’aller à la Cathédrale de Beauvais pour s’en rendre compte. A l’intérieur, tous les marbres sont peints. A Versailles, 30 % du marbre est faux. « Quand on touche, on sent bien que ce n’est pas froid comme le marbre. Mais dès qu’on recule d’un pas, on ne voit pas la différence. »
Dans son sillage, Marc Gardereau a quelques réalisations notoires : « Je reviens d’une église en Normandie où j’ai refait un décor en faux marbre. J’ai travaillé aussi à Paris, au Pied de cochon. A Chaumont en Vexin, j’ai peint un très grand mur d’un Comité de communes. Deux cents mètres carrés de peinture à la chaux ! » Il exerce son talent dans les hôtels, les restaurants, les bureaux et les collectivités. Mais son carnet de commandes comprend aussi beaucoup de particuliers. « Je travaille partout en France, à la commande, donc en fonction de l’idée de l’architecte ou du particulier. On présente souvent des échantillons avant de commencer. C’est un travail personnalisé et c’est ce qui plaît. Lorsqu’un client vient me voir, il n’achète pas un prix, il achète une main, donc une personne. Il choisit un style, une façon de faire, un peu comme pour les peintres. » Et il ne faut surtout pas lui demander combien de temps il lui faut pour couvrir une surface : « Cela dépend de la qualité que le client exige. C’est très relatif. »
Dans son catalogue figurent la pietra dura, une imitation de marqueterie de pierre ; le galuchat, une peau de raie ; le parchemin ; les écailles de tortue et d’autres imitations, toutes plus singulières les unes que les autres. Dans sa trousse de peintre, on retrouve des outils peu communs : « Ça demande des outils très spécifiques, comme des brosses qui sont fabriquées uniquement pour travailler des matières très précises. »
Chaque fois qu’il arrive sur un nouveau chantier, la fébrilité le reprend : le choix des couleurs, l’échange avec les clients, la création de nouveaux effets, tout cela l’enchante. « C’est un métier du renouveau continuel. »
Légende : Marc Gardereau maîtrise parfaitement son art.
Une envie de plongeon ?