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Le blues de l’ambulance
Les ambulances Delahaye sillonnent les routes de campagne de la Somme, dans le canton de Saint-Valéry-sur-Somme… mais avec l’augmentation du prix de l’essence, les affaires ne sont pas au beau fixe. Un symptôme qui est général à toute la profession.
Sylvain Delahaye aime son métier. « Un métier humain où il faut aimer les gens. » En tout cas, c’est son credo, cousu sur la blouse. Sa société de taxis ambulances VSL (véhicule sanitaire léger), basée à Lanchères, rayonne sur tout le canton de Saint-Valéry-sur-Somme où elle possède trois bureaux. Une vingtaine d’ambulances et autant de chauffeurs se partagent des missions englobant aussi bien le transport en urgence que la prise en charge pour des consultations diverses. « La clientèle privée représente 95 % de nos interventions. Le reste va à l’hôpital de Saint-Valéry-sur-Somme avec lequel nous avons un contrat », souligne le responsable. Chaque week-end, l’entreprise est réquisitionnée par la sous-préfecture pour des transports d’urgence 24h sur 24. Et de 20h à 8h la semaine. C’est le lot habituel de la profession. « Un secteur qui se professionnalise de plus en plus », note avec satisfaction Sylvain Delahaye. « Les ambulanciers se forment à l’urgence et c’est plutôt positif. » Le patron est fier de son métier comme de ses troupes. Il en profite pour mettre un petit point sur les i : « Contrairement à ce que pensent les gens, les ambulanciers peuvent faire de l’urgence comme les pompiers. » On sent un peu d’amertume dans la voix. Depuis qu’il a racheté son concurrent principal il y a cinq ans, le capitaine de la flotte s’efforce d’apporter du crédit à une profession sans doute sous-estimée. L’ancien technicien en chaudronnerie utilise de bonnes vieilles recettes pour entretenir le succès. A commencer par le respect des horaires. Ou encore la régulation des navettes, « la pièce maîtresse ». Avec raison, puisqu’il faut gérer de quatre-vingt à cent trente trajets par jour. Les autres maîtres-mots se nomment amabilité, propreté, contact et confidentialité. « Quand on a tout ça, on a fait un grand pas… »
Pourtant, malgré les efforts de tous les instants, le moral n’y est pas. Des maux aux mots, il n’y a qu’un pas. « Gros malaise, perte de vitesse au niveau des résultats. » Ce qui cloche ? La hausse du prix de l’essence. Les calculs sont vite faits : « Le gasoil a augmenté de 20 %. Ca signifie deux mille cinq cents euros en plus par mois. On dépense cent mille euros de carburant par an, et tout ça sans augmentation de nos tarifs du kilomètre », se plaint Sylvain Delahaye. La pilule est d’autant plus difficile à avaler que sa société intervient beaucoup en campagne, ce qui induit des distances plus longues. Conclusion : on ne gère pas l’ambulance des champs comme celle des villes. En attendant, le propriétaire des taxis ambulances Delahaye espère un avenir meilleur. « On aimerait retrouver un prix du kilomètre normal pour pouvoir travailler dans de meilleures conditions. Le secteur souffre énormément en ce moment. »
Un secteur qui vient aussi en aide aux personnes handicapées. Du moins c’est une spécialisation au sein de cette entreprise, « sans rapport avec l’ambulance », précise le patron. Matin et soir, cent vingt adultes et enfants prennent place dans onze véhicules qui les emmènent de leur domicile vers leurs différents centres spécialisés. « Cinq employés ne s’occupent que de ça. » Cela méritait d’être souligné.
Légende : Les ambulances Delahaye peuvent effectuer jusqu’à cent trente prises en charges par jour.
Interface 02 redonne le goût de l’entreprise