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L’atelier d’Ange : usine ou galerie ?

À Puiseux en Bray, Ange Bertalan partage sa vie d’artiste en deux. Dans son atelier, il crée des trumeaux, ces panneaux décoratifs qui ornent le dessus des cheminées. Du modelage à la peinture, son activité fait appel à des techniques très variées, et elle lui permet de « subventionner » des créations plus personnelles.

Quand on demande à Ange Bertalan s’il se considère comme un artiste « touche-à-tout », l’homme de 59 ans paraît presque gêné. Sa réponse est teintée de philosophie. « Touche-à-tout, cela ne me correspond pas, affirme-t-il. Je trouve le terme un peu péjoratif, car l’art est un tout, peu importe les techniques. » Pourtant, la question mérite d’être posée. Dans son atelier de Puiseux en Bray, Ange crée des modèles de trumeaux de style Louis XV et Louis XVI. La réalisation de ces panneaux décoratifs en bois ou en plâtre demande un savoir-faire très complet : modelage, menuiserie, sculpture, peinture… « Le goût de la création m’est venu très jeune, explique-t-il. À l’armée, en 1968, un colonel amateur d’art a repéré cette passion et il m’a prêté un atelier. J’ai peint des femmes africaines pour la compagnie pendant les trois quarts de mon temps ! »

Un art « industriel »

S’il manie le pinceau depuis des décennies, ce n’est qu’au milieu des années 1990 qu’Ange commence à restaurer les trumeaux que lui rapporte sa femme, antiquaire. Très vite, il se lance dans la fabrication intégrale de modèles originaux. Sur chaque pièce, il peint ou sculpte un motif personnalisé. « On me demande beaucoup de fleurs, des bateaux, des personnages de style Napoléon III avec ombrelles et même des scènes de chasse, » précise-t-il. Destination de ces objets : les dessus de cheminées des grands appartements haussmanniens.

Aujourd’hui, sa clientèle est constituée pour une moitié de particuliers, et pour l’autre de grands distributeurs comme Roche Bobois ou Le Printemps. « On trouve même un exemplaire de mes trumeaux dans chaque grande ville des États-Unis ! », affirme celui qui a produit 52 pièces inspirées des fables de La Fontaine à la demande du groupe de luxe américain Neiman Marcus. Pour honorer cette commande d’exception à 100 000 ¤, trois mois de travail non-stop ont été nécessaires.

Retour aux émotions du pinceau

En général, le prix moyen des trumeaux d’Ange oscille autour de 700 ¤. Jusqu’à maintenant, il en a vendu près de deux mille. Une vraie industrie… « Travailler pour les grands magasins s’apparente à de l’usinage au bout d’un certain temps, mais c’est la partie qui me fait vivre, explique-t-il. Cela me permet de consacrer du temps à une peinture moins lucrative, mais plus personnelle. Je peins ma vie, mes rencontres et mes idées, et je les représente avec des paysages, des animaux ou des corps féminins. » Une conception de son métier plus proche des émotions que du commerce, comme lorsqu’il était portraitiste dans le Vieux-Port de Montréal, il y a vingt-cinq ans.

Dans cette logique de « recentrage sur le pinceau », Ange organise depuis peu des stages de formation aux techniques de la peinture sur meuble. Pour 420 ¤, les trois jours en pension complète, il reçoit des amateurs et leur enseigne les rudiments de la patine. De quoi combler ses besoins de contacts et de renouvellement permanent.

Légende : (mettre 2 photos si possible, Ange et un modèle de trumeau) La vente de trumeaux et de bas-reliefs génère la majorité du chiffre d’affaires d’Ange Bertalan, soit près de 5000 ¤ par mois. À cela s’ajoutent les revenus provenant des stages organisés par le peintre et ceux issus de la vente de toiles.