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Jérôme Jouy, parcours d’un tatoueur débrouillard

En six ans d’existence, la boutique amiénoise Aloha s’est faite une place de choix dans le milieu très peu réglementé du tatouage. Son fondateur Jérôme Jouy a dû se former sur le tas pour vendre son art de façon responsable.

Lorsqu’il a ouvert son studio, le tatoueur Jérôme Jouy était à la recherche d’un nom qui évoque les racines de son art. « Aloha » est un terme provenant de l’île américaine d’Hawaï, un lieu mythique pour les amateurs de tatouages. Littéralement, cela signifie « bienvenue ». Vous l’avez compris, l’homme de 31 ans est accueillant. C’est la moindre des choses quant on s’apprête à marquer la chaire de ses clients pour la vie !

BTS Tatoueur : formation inconnue

Aloha Tatoo est situé dans le quartier Renancourt, près du stade d’Amiens. Cette petite boutique concrétise une vocation de long terme. « Dans mes plus vieux souvenirs, je dessinais déjà, affirme Jérôme. Je recopiais les choses que je voyais, des scènes de vie, des portraits, des monuments. J’essayais de rester le plus fidèle possible au modèle ». Ses premiers contacts avec le milieu du tatouage, il les noue dès l’adolescence en proposant des dessins aux professionnels. Puis à l’armée à Toulon, ses camarades d’uniforme lui commandent des croquis qu’ils apportent comme modèles dans les studios locaux. « C’est à ce moment que je me suis dit qu’il y avait des possibilités de travail comme tatoueur », se souvient Jérôme.

Mais avant de se lancer, il lui reste à apprendre l’essentiel du métier et de ses techniques. Problème : en France, il n’existe aucune législation claire sur l’activité de tatoueur, et donc aucune école. De retour dans le nord, le jeune homme fait donc le tour des ateliers pour trouver un formateur. « Toutes les semaines pendant huit mois, je suis allé à l’ex-studio Tatoo Bonz de Dieppe, explique-t-il. Je regardais comment le tatoueur travaillait, j’apprenais comment monter une aiguille et comment respecter les normes d’hygiène. J’ai commencé à tatouer les copains, puis les copains des copains, et le bouche à oreille s’est mis en route ». Pour se donner les moyens de réaliser son projet, Jérôme travaille à la Poste en parallèle. Pendant trois ans, il économise des milliers d’euros. En 2001, il prend une année sabbatique et crée sa micro entreprise : son pécule est investi dans un stérilisateur et dans tous les outils nécessaires à son nouveau métier. Il ne reverra jamais les sacs de courrier.

Sa spécialité : le portrait

Aujourd’hui, Jérôme est professionnel et il a pignon sur rue. En rachetant le bar au-dessus duquel il a reçu ses premiers clients officiels, il a quadruplé la surface de son studio. La clientèle de la boutique est aussi variée que les motifs que le tatoueur dessine. Du Rmiste au juge, le « tatoo » touche toutes les classes sociales. Seule condition pour s’adresser à Jérôme : avoir 16 ans et une autorisation écrite de ses parents. « Ce qui marche le plus, c’est le tribal, affirme-t-il. C’est une forme qui n’a pas forcément de sens mais qui met en valeur le corps. C’est plus accessible qu’un personnage de BD que l’on risque de regretter par la suite. Personnellement, je préfère les travaux réalistes : les portraits humains ou animaux ».

La grande majorité des tatouages réalisés mesurent moins de 10 centimètres de large, mais il arrive à Jérôme de passer un an sur un dos complet. « Toutes les parties où il y a de la peau peuvent être tatouées, explique-t-il. Mais je ne fais pas le visage ni les mains. C’est un choix : j’estime ne pas être là pour désociabiliser les gens ». Une position responsable à l’heure où le tatouage est devenu un bien de consommation courante. Pour Jérôme Jouy, cela reste avant tout un art, une manière de dessiner. Avec la peau en guise de papier.

Légende : Chevilles, bas du dos, omoplates, poignets… Jérôme Jouy tatoue « toutes les parties du corps où il y a de la peau ». Mais il a quelques restrictions, comme le visage ou les mains.