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Jean Kowalczyk donne le « la » aux pianos picards
À Amiens, Jean Kowalczyk accorde et répare les pianos de façon artisanale. Chez ses clients ou dans son atelier, ce technicien ausculte des instruments à la durée de vie souvent supérieure à celle de leurs propriétaires. Son obsession : la justesse !
Le piano, Jean Kowalczyk en a fait sa passion et son gagne pain. Chaque jour, il passe des heures devant le clavier aux 88 notes. Chaque semaine, il voit défiler des dizaines de modèles. À 53 ans, l’homme n’a pourtant jamais su manier les touches avec mélodie. Et pour cause : il n’a jamais pratiqué ! Son métier consiste à accorder l’instrument le plus finement possible. Une tâche de professionnel, puisque le piano permet d’évoluer sur plus de sept octaves. « Mon travail, c’est une méthode de tension des 220 cordes en acier, explique le technicien. J’utilise une clé d’accord pour remettre à niveau chaque note en me basant sur le « la » du diapason. Mais ne croyez pas que je donne des quarts de tour de clé ! Ce sont des secousses ultra précises, des à-coups de moins d’un millimètre ».
Une oreille formée « sur le tas »
Plus que la clé et le diapason, l’outil principal de Jean Kowalczyk, c’est l’oreille musicale qu’il a « travaillée » tout au long de sa carrière. Dans les années 1970, le jeune homme exerce dans le magasin de musique amiénois de Francis Lantez, celui qu’il considère aujourd’hui comme son « père professionnel ». « Il m’a pris comme apprenti à la sortie du lycée parce que je jouais de la guitare et que j’étais manuel, se souvient-il. À l’époque, il n’y avait pas de formation professionnelle. Le métier se transmettait de père en fils. C’est lui qui m’a tout appris ». Lorsque son mentor met la clé sous la porte, Jean décide de monter sa propre affaire. L’atelier du piano voit le jour en 1985.
Depuis 22 ans, l’artisan sillonne les routes picardes dans un rayon de 80 kilomètres autour d’Amiens. Sur rendez-vous préalable, il se rend au domicile de trois à quatre propriétaires de pianos chaque jour. Son forfait accordage coûte 87€ : le prix d’une heure de concentration extrême. Les trois quarts de ses clients sont des particuliers. Le reste : des professionnels, des écoles de musique et des collèges. « J’accorde des pianos du début du 20ème siècle qui ont connu la gloire et l’abandon, explique-t-il. Des pièces rares comme des instruments courants. La plupart d’entre eux ne sont pas réglés tous les ans car leurs propriétaires connaissent des périodes de désintérêt. Mais pour certains concertistes, je peux être amené à faire plusieurs accordages par jour ».
Une seconde vie
L’activité d’accordeur représente 70% des revenus de Jean. Mais l’homme ne se contente pas d’ajuster les notes entre elles. Lorsqu’il rentre de ses tournées, il investit son atelier de 45 mètres carrés. Il effectue là toutes sortes de réparations sur des instruments anciens. Jean ressuscite une table d’harmonie fendue, il remplace des cordes sensibles à la rouille, il renouvelle les feutres qui amortissent la frappe des doigts sur les touches… « Je m’attache à faire fonctionner une mécanique qui compte des milliers de pièces, des axes, des vis, des fourches… et 95% de bois ! » résume-t-il simplement. L’artisan a notamment passé plus d’une centaine d’heures sur un piano de concert de 1930, une « œuvre » du célèbre fabricant français Gaveau. « Une merveille ! dit-il émerveillé. C’était un instrument de 2,75 mètres, il avait beaucoup voyagé. J’ai opéré une restauration complète, intérieure et extérieure, afin de lui redonner vie ».
Au regard de cet entrain, une question reste à poser. Est-il logique qu’un jeune guitariste qui ne joue pas de piano se retrouve passionné par l’objet et par son entretien ? « Je ne sais pas, c’est un instrument particulier… » répond-il presque gêné. L’amour n’a jamais suivi les lois de la logique.
Légende : Jean Kowalczyk estime que le métier d’accordeur de pianos est à la fois un travail de solitaire et de contact. « Je rencontre beaucoup de passionnés, mais quand je commence les réglages, j’ai besoin d’une concentration maximale. Il ne me faut plus un bruit dans la pièce ».
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