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Etienne Watel, l’artiste de la signalétique

A Amiens, Etienne Watel réalise les panneaux et les enseignes publicitaires des professionnels. Sur les façades comme sur les véhicules, l’artisan reproduit des lettres de toute taille avec finesse et précision. Non sans nostalgie, il a progressivement délaissé le pinceau pour la souris.

Etienne Watel est un homme de lettres. Depuis plus de trente ans, il met son savoir-faire calligraphique au service des entreprises de la Somme. Dans son grand atelier de la rue Jean Moulin, le quinquagénaire a appris à harmoniser les caractères pour créer des logos personnalisés à l’impact graphique séduisant. « La base de mon activité, c’est le lettrage, explique-t-il. Je réalise toutes sortes de visuels qui contiennent du texte : des enseignes de magasin, des panneaux publicitaires, des pancartes de chantier, et surtout des marquages sur les voitures des professionnels. » Le métier d’Etienne a un nom : il est peintre en lettres.

Peintre ou designer, le métier est (presque) le même

Pourtant, dans son grand atelier, l’artisan ne touche plus que très rarement à ses pinceaux aux longs poils de martre. Ses instruments de prédilection ont été remplacés par un système informatique plus rapide et plus productif. Désormais, ses travaux sont conçus sur un logiciel de graphisme, imprimés sur papier adhésif et découpés au dixième de millimètre près par une machine dédiée. Mais, entre la peinture et le design, il y a quelques différences. Alors pour se mettre à niveau, Etienne a suivi une formation. « J’ai 54 ans et je ne suis pas né avec un ordinateur dans les mains. J’ai eu une certaine difficulté à me mettre à l’informatique, reconnaît-il. Quand je coupe mon écran le soir, je suis content. »

Ce qui n’a pas changé au fil du temps, c’est le goût d’Etienne pour la création. Ses clients sont essentiellement des promoteurs immobiliers, des commerçants et des artisans. Bien souvent, ceux-ci lui laissent carte blanche pour élaborer les logos dont ils ont besoin. « Il faut savoir choisir une police qui corresponde à l’activité du commanditaire, explique-t-il. Pour créer l’enseigne d’un salon de coiffure par exemple, je vais utiliser une lettre scripte, harmonieuse et stylisée, et non pas une lettre bâton trop rigide à mon goût. » Les tarifs de l’artisan évoluent de 150 euros pour la fabrication d’un petit panneau à près de 2000 euros pour une grande enseigne de magasin nécessitant trois jours de travail. Pour le marquage publicitaire d’un véhicule, il faut compter entre 500 euros et 800 euros. A chaque fois, la pose est comprise bien entendu.

Avenir et souvenir

Depuis des années, Etienne enregistre des bénéfices réguliers. Il faut dire qu’il travaille seul et qu’il est parvenu à fidéliser sa clientèle. Chaque mois, il facture en moyenne une vingtaine de travaux. Dans cinq ans, il cherchera un repreneur à former avant de prendre sa retraite. Mais d’ici là, pas question de se laisser aller. L’homme envisage d’investir près de 80 000 euros dans une imprimante très haute résolution. Actuellement, il sous-traite l’impression des images intégrées à ses panneaux. Cela représente jusqu’à un tiers du prix de vente du produit fini : un manque à gagner qu’il aimerait solutionner rapidement.

Enfin, trois à quatre fois par an, il arrive à Etienne de ressortir ses vieux pinceaux pour des travaux spécifiques. « Ça me rappelle les bons souvenirs ! affirme-t-il. Je peins quand je réalise une grande enseigne sur un hangar en tôle nervurée, car les adhésifs ne tiennent pas. Et quand je travaille à une certaine hauteur, la peinture est bien plus pratique », ajoute-t-il. L’artisan paraît presque heureux de démontrer que les ordinateurs et les imprimantes ne peuvent pas tout faire. En tout cas, lui, il a choisi son outil préféré. Lorsqu’il « coupe son écran » le soir, c’est en fait pour reprendre ses pinceaux et pour se laisser aller à dessiner des paysages et des natures mortes sur le blanc de ses toiles.

Légende : « La concurrence est plus rude que dans les années 1970, affirme Etienne Watel. A l’époque, on trouvait deux ou trois peintres en lettres à Amiens, alors qu’aujourd’hui il y a des agences de communication à tous les coins de rue. »