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Dominique Gérard, un loup d’eau douce

À 54 ans, le capitaine du Namur et du Nicole est un batelier comme il n’en existe plus. S’il vit aujourd’hui à Tergnier, Dominique Gérard n’en garde pas moins le pied marin. Il a parcouru tous les plus grands fleuves navigables d’Europe, du Rhin jusqu’au Danube, avec des missions dignes du roman de Georges Arnaud, Le salaire de la peur. En effet, la spécialité de ce capitaine est le transport fluvial de matières dangereuses.

Dès sa naissance, Dominique Gérard était marin, dans son sang coulait l’histoire moderne de la marine française fluviale. « Depuis Napoléon III, ma famille est batelière. Ma mère m’a donné le jour sur le bateau familial et depuis, je n’ai jamais quitté ce milieu. » Vivant sur un bateau, les parents de ce futur capitaine n’ont d’autre choix que de l’envoyer dans un internat pour qu’il fasse ses études. « Pendant les vacances, au côté de mon père, j’ai appris le métier. Et, à 15 ans, à la fin du collège, j’ai été engagé comme mousse. »

Le métier rentre vite, notamment grâce à son capitaine qui n’est autre que son grand frère. « À 18 ans, j’étais second capitaine. Je passais trois semaines à bord et une semaine à terre. À l’époque, je conduisais des convois de 4 000 tonnes entre le Havre et le bassin parisien. Je me suis spécialisé dans le transport des matières dites dangereuses et explosives en obtenant l’attestation de navigation rhénane (ADNR). »

Dominique Gérard connaît l’époque faste de la navigation fluviale. « Jusque dans les années 90, nous, les bateliers, avons connu une époque dorée. Il y avait de l’emploi pour tout le monde, même sans formation antérieure. » Depuis, l’activité ne s’est pas ralentie, mais la concurrence des autres pays européens change la donne.

En 1999, Dominique Gérard subit un licenciement économique. Il retient la leçon et décide de monter sa propre entreprise, Soterna. Il fait l’acquisition d’une péniche Freycinet, le Namur, puis d’une deuxième, le Nicole. Mis bout à bout, le convoi fait près de 80 mètres de long et transporte plus de 650 tonnes de marchandise. « Pour l’instant, en France, les gros gabarits ne peuvent pas circuler, car les installations sur les fleuves ne sont pas adaptées. Avec mon convoi, je n’ai pas encore de concurrence, mais ça va changer. »

Ces prévisions n’empêchent pas Dominique Gérard d’encourager son fils à marcher sur ses traces. Le futur de ce métier passe certainement par l’Europe et les projets concernant le transport fluvial sont actuellement étudiés avec intérêt par les divers pays concernés. En effet, la liaison Rhin-Rhône ou celle reliant le nord de l’Europe à la Seine-Nord permettrait, à terme, de redynamiser ce type de transport.

Même s’il fait un métier hors norme, Gérard Dominique sait prendre du recul. « Je fais un métier difficile. Je travaille entre 400 et 450 heures par mois. Lorsque mes employés rentrent chez eux, je finis tout seul le travail. » Le plus ardu pour ce capitaine est de trouver une main-d’œuvre qualifiée. « Je cherche sur Internet des employés, mais ce sont des plaisanciers qui me rappellent. Je ne peux pas les engager, mon métier exige des professionnels. »

Dominique Gérard ne s’imagine pas ailleurs que sur un bateau, sa retraite il la veut en Bourgogne sur les berges d’une rivière…