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Cyrille Taxi, le contractuel du transport
A Abbeville, Cyrille Trancart est chauffeur de taxi indépendant depuis quatre ans. Contrairement à ses confrères des grandes villes, il travaille essentiellement sur contrat.
Cyrille Trancart se dit « occupé, mais pas submergé ». Dans sa situation, d’autres n’hésiteraient pourtant pas à se plaindre. Cet homme de 35 ans travaille 7 jours sur 7, et son téléphone est branché 24 heures sur 24. Après douze ans passés à conduire des semi-remorques sur les routes d’Europe, il a décidé, en 2003, de changer de métier pour profiter du peu de temps libre qui lui restait pour être plus près de sa fille. Très vite, il a monté une entreprise individuelle, a racheté une licence et est ainsi devenu chauffeur de taxi indépendant à Abbeville. « C’est un métier de transport et de service. Je suis en contact avec tout type de personnes et, généralement, le contact est sympathique », affirme-t-il. Aujourd’hui, Cyrille parcourt 120 000 kilomètres par an, et 80 % de ses courses sont effectuées dans un rayon de 50 kilomètres. Comme tout taxi, ses tarifs sont fixés par la préfecture. Il dispose de deux véhicules break et d’une licence supplémentaire. Il emploie un chauffeur de 27 ans avec qui il partage le travail.
Institutions
A New York ou à Paris, on hèle les taxis dans la rue. A Abbeville, le bras levé ne déclenche que très peu de courses : « Plus exactement, trois courses depuis que j’exerce », se souvient Cyrille. La quasi-totalité de ses déplacements sont donc réservés par téléphone et la majorité d’entre eux sont prévisibles longtemps à l’avance... « La plupart des personnes que je transporte ne sont pas mes clients directs, précise Cyrille. En réalité, ma clientèle est surtout constituée d’institutions, comme le Conseil général, la sécurité sociale ou encore les compagnies d’assurance. »
De fait, Cyrille travaille sur contrat et ses partenariats représentent 80 % du total de ses courses. Ainsi, lorsqu’il transporte un enfant handicapé à l’école – ce qu’il fait tous les jours – il est payé par le département. Quand il emmène un malade se faire dialyser à l’hôpital, c’est l’assurance maladie qui prend les frais en charge. Et lorsqu’il rapatrie la victime d’une panne de voiture, c’est la compagnie d’assistance qui signe le chèque. Souvent, les mêmes personnes reviennent. « Je connais presque tous mes clients. Quand ils montent dans la voiture, je sais déjà où ils vont », souligne-t-il enthousiaste.
Regroupement
Le reste de l’activité de Cyrille Taxi se répartit entre les transports de colis et les courses classiques pour les particuliers et les voyageurs. « Lorsque je suis disponible, je reste en gare, explique-t-il. L’important, c’est d’être vu ! L’attente fait partie du métier. Si on ne la supporte pas, on fait autre chose. » En revanche, Cyrille avoue avoir de plus en plus de mal à supporter le travail de nuit. Lorsqu’il s’est installé, il était le premier à développer un vrai service nocturne pour les clients des hôtels, des bars et des discothèques. Aujourd’hui, il se sent un peu « usé » par ces horaires décalés.
Depuis des mois, il milite pour fédérer ses confrères d’Abbeville et créer un groupement de chauffeurs. « A Amiens, il y a 50 taxis, mais une seule centrale et un seul numéro d’appel, affirme-t-il. Cela permet d’optimiser les plannings, de ne pas travailler en doublon et d’avoir des week-ends de repos. » Simple de fonctionnement, le système amiénois paraît cependant difficile à copier dans la ville de Cyrille. A Abbeville, le sujet cristallise les tensions. La majorité des chauffeurs approchent de la retraite, et ils sont farouchement attachés à leur indépendance.
Légende photo : Pour acheter sa première licence de taxi en 2003, Cyrille a déboursé près de 2000 euros.
Sous les pinceaux de Corinne Petit, le sable