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Ces femmes qui osent un métier d’homme
Elles sont mécaniciennes, conductrices de travaux, étudiantes en informatique… toutes ont choisi une voie traditionnellement masculine. A l’occasion de la Journée Internationale des Femmes, nous sommes partis à la rencontre de ces battantes qui ont relevé le défi d’investir des métiers étiquetés « réservé aux hommes ». Si les mentalités évoluent, dans la pratique les préjugés ont la vie dure !
La mécanique entre nanas
Cette fille-là n’a pas peur de se casser un ongle. Ses journées, elle les passe les mains dans le cambouis. Gabrielle Mutis, 25 ans, est mécanicienne dans le premier garage uniquement féminin de France.
« Gaby », comme l’appellent ses collègues, est mordue de moteurs vrombissants et de jantes chromées. Bricoler sa moto ou sa voiture, elle adore ! Rien d’étonnant donc à ce qu’elle se retrouve mécanicienne de l’atypique « Garage au féminin », installé près de Montpellier. « Mon entourage s’est réjouit de me voir enfin faire quelque chose qui me plaisait. » Avant d’intégrer cette équipe de onze filles, Gabrielle s’est heurtée à la réticence des garagistes pour trouver les stages nécessaires à l’obtention de son CAP mécanique. « Au début, les garçons rigolent. Le premier jour, ils regardent comment on se débrouille, ils nous laissent chercher une panne pendant des heures ou nous tendent des petits pièges : ils nous testent. On sait qu’il faut jouer le jeu pour être acceptée, mais une fois qu’on a fait ses preuves tout se passe bien. »
Aux dires de Gabrielle, les patrons sont agréablement surpris de trouver là de vraies passionnées : une fille mécanicienne s’est battue pour y arriver, tandis que beaucoup de garçons s’y orientent sans grande conviction.
Les clients aussi semblent séduits par la touche féminine, du moins les clientes, qui se sentent plus en sécurité et « n’ont plus l’impression de se faire avoir ». Pour l’instant Gabrielle se sent très bien entre filles : « nous sommes toutes copines, l’humour et les blagues crues de collèges masculins ne me manquent pas du tout... » Gaby espère ouvrir un jour son propre garage. Mais manager des hommes sera un autre défi. « Je sais qu’ils ne laisseront rien passer. Je n’aurai pas le droit à l’erreur ! »
Du 100 % féminin au 100 % masculin
Alexandra Bouthelier est la première femme à avoir été nommée déléguée générale de la Fédération des enseignes du commerce associée. Au conseil d’administration de la FCA : quinze hommes, et parmi la centaine de présidents et directeurs généraux adhérents, deux femmes seulement.
Environnement exclusivement féminin ou 100 % masculin, Alexandra Bouthelier a connu les deux. Directrice de publicité chez Prisma Presse, elle ne travaillait qu’avec des femmes « jusqu’au jour où les dirigeants ont décidé de rétablir l’équilibre et n’ont plus engagé que des hommes ! ». Pour Alexandra, il est plus facile d’établir des relations de complicité avec des femmes. « Dans un univers où le système hiérarchique est masculin je suis davantage sur le qui-vive car je dois en permanence faire mes preuves. »
Quelques années plus tard, à la tête de la Chambre de Commerce française de Singapour, elle se retrouve la seule femme parmi la quinzaine d’hommes du conseil d’administration. « Mon mari ayant été muté à Singapour, j’étais vue comme femme d’expatrié qui travaille parce qu’elle en a envie mais qui n’en a pas vraiment besoin. Du coup, le salaire s’en ressentait ! »
Pour autant, Alexandra en redemande : elle choisit de nouveau un environnement masculin à son retour en France en postulant à la tête de la FCA. Un pari audacieux car la fédération était depuis toujours dirigée par des hommes. « Ils ont été très ouverts, sans aucun a priori envers mon profil atypique. Ils étaient demandeurs d’idées nouvelles, d’une approche et d’une sensibilité différentes. Ils apprécient notre complémentarité. »
Alors, être une femme dans un univers masculin : force ou une faiblesse ? « Il faut clairement en faire plus qu’un homme, surtout au sein d’un comité exécutif. J’avoue le ressentir parfois comme une injustice, mais globalement je le vis bien car je me sens à l’aise avec mes compétences. Il faut dire que la contrepartie est une certaine bienveillance, un respect marqué à mon égard. »
Marine, comme un poisson dans l’eau à Supinfo
Parmi ses 119 camarades de classe, 112 sont des garçons. Pas de quoi affoler Marine, étudiante au sein de la très masculine école Supinfo : à ses yeux, minorité rime aussi avec rareté.
À tout juste 19 ans, Marine Rebuffel-Amselek se voit confrontée à la problématique de la parité avant même son entrée sur le marché du travail. Étudiante en ingénierie informatique, elle a choisi une filière quasi-exclusivement assiégée par la gent masculine. Pourtant, ces demoiselles semblent de plus en plus nombreuses à vouloir investir la place : « Dans ma classe, le nombre de filles a doublé par rapport à celui de la promo précédente. Et il est encore supérieur pour la promo qui suit » , précise-t-elle.
Même si elle estime qu’il faut « savoir se faire respecter tout de suite au milieu de cent garçons pour ne pas se faire marcher dessus » , Marine a appris à cerner les avantages qu’offre une appréhension différente de l’informatique. Certes, les femmes sont en général moins « bidouilleuses » que ces messieurs, et certains a priori doivent être battus en brèche. Mais Marine mise aussi sur la contrepartie : une grande ouverture d’esprit (puisqu’elle ne passe pas ses soirées et weekends devant l’écran), un goût prononcé pour le relationnel, l’ambition d’élargir ses compétences, etc. Bref, on est bien loin du cliché de l’informaticien lobotomisé et totalement fermé… dont les professionnels du secteur ne veulent plus. « Lorsque je vais sur les salons emploi, les recruteurs me disent clairement qu’ils sont intéressés par ma candidature parce que je suis une fille. Pour eux, nous sommes un plus dans les équipes » , raconte Marine.
Mesdames, le message est clair : l’informatique a besoin de vous !
Un brin de finesse sur le chantier
Marion Guérin est une authentique bâtisseuse : ingénieure de formation, elle a choisi d’endosser les responsabilités de conductrice de travaux quand ses amies de promo optaient pour le confort du bureau d’études. En permanence sur le chantier, elle fait le lien entre intervenants, décideurs et exécutants, contrôlant toutes les étapes sur le terrain.
A 27 ans, Marion Guérin a rejoint Travaux du Midi il y a quatre ans. Une vocation qui ne s’est jamais démentie depuis l’enfance : « D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé construire. Sur un chantier, je suis dans mon élément. Je ne pourrais me passer du travail à l’extérieur et de l’esprit d’équipe propres au bâtiment. » Et de la passion, mieux vaut en avoir car ce métier exigeant l’est encore plus pour une femme. « Je suis la seule dans mon équipe d’une vingtaine de conducteurs de travaux. C’est un milieu macho, les femmes commencent tout juste à investir les chantiers, pour se faire une place il faut faire ses preuves. » Mais une fois la confiance gagnée, la relation est souvent privilégiée. « Être une femme permet parfois d’obtenir plus facilement ce que l’on veut, confie Marion, la finesse et la diplomatie remplacent le rapport de force. »
Il faudra du temps pour que les mentalités du secteur changent, heureusement elles évoluent rapidement depuis quelques années : Marion était l’une des premières femmes engagées par Travaux du Midi, elles sont aujourd’hui quatre ou cinq. « Les employeurs embauchent beaucoup plus facilement des femmes, même si les hésitations restent parfois d’actualité. » Mais encore faut-il trouver des femmes ! Rares sont celles qui s’orientent dans cette voie. « La majorité des postes sont aujourd’hui ouverts aux femmes : devenir grutière ne pose aucun problème. Mais il faut admettre que des métiers très physiques comme coffreur sont plus difficiles d’accès. » Quant au salaire et perspectives d’évolution, Marion est confiante, il reste probablement de petites différences mais les écarts se tassent.
Dossier publié sur Keljob.com et réalisé par Magali Morel, Priscilla Franken et Laure Marcus
Recrutement ludique chez Danone