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Anne Joubert, « l’infirmière des œuvres d’art »

Anne Joubert, résidant à Hallivillers, est restauratrice de tableaux depuis 30 ans. Auparavant infirmière, son entourage s’amuse à dire que finalement « elle n’a pas changé de métier ». Elle nous fait partager avec passion son amour de l’art et son attachement au respect des œuvres.

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

Je me suis installée dans la Somme avec mon mari qui voulait s’y établir comme médecin. Les débuts ont été un peu difficiles, se faire connaître en tant que restauratrice de peintures et gagner la confiance des gens n’est pas une mince affaire. Mais finalement, à force de persévérance, j’y suis arrivée. A l’époque, j’aimais tellement mon métier que j’aurais été prête à payer pour que l’on me confie un tableau ! Aujourd’hui, je ne vais pas jusqu’à dire que les gens font la queue pour bénéficier de mes services, mais une chose est sûre, je n’ai pas à me plaindre.

Quand on sort de l’école des métiers de restauration des œuvres d’art, on ne possède pas encore toutes les bases pour se déclarer artisan-restaurateur de tableaux. C’est à force de pratique que l’on gagne vraiment ses galons d’artisan. Aujourd’hui, j’entends souvent dire qu’il n’y a pas beaucoup d’avenir dans l’artisanat, que c’est un métier difficile et cela me révolte un peu. Je pense personnellement que si l’on fait du bon travail et que l’on est passionné, cela paiera forcément un jour ou l’autre. L’important est de suivre son amour des choses bien faites. Ensuite le bouche à oreille fait le reste…

Ma clientèle se compose d’antiquaires, de particuliers, de collectionneurs, de passionnés qui viennent parfois de très loin pour que je prenne soin de leurs biens.

Est-ce que tout se restaure ?

Malheureusement, tant de personnes jettent leurs tableaux lorsqu’ils les pensent irréparables. Pourtant, le vernis passé, la moisissure, les déchirures… tout est réversible ! A condition d’être un bon restaurateur. Certains craignent de donner leur tableau à restaurer, mais si l’artisan est bon, l’œuvre sera pleinement respectée. Il n’y a aucune raison d’avoir des réserves.

Dans ce métier, je pense que le plus terrible est de travailler sur une peinture mal restaurée, lorsque les techniques de l’époque, les couleurs, les supports n’ont pas été respectés. Le respect est le maître mot du restaurateur.

Il ne suffit pas d’être peintre pour savoir restaurer un tableau. Alors qu’un peintre suit son imagination, un restaurateur doit mettre sa minutie au service de la personne qui a peint le tableau et lui rester fidèle.

Il m’a déjà été demandé de décorer, de rajouter sur un tableau des éléments qui ne faisaient pas partie de l’œuvre première et j’ai toujours refusé. Ce n’est pas mon rôle. A travers ce métier, je ne laisse rien de moi. Mes talents de peintre, je les ai mis de côté le jour où je suis devenue restauratrice…

Légende photo : Dans son atelier de Hallivillers, Anne Joubert restaure avec patience et minutie des tableaux provenant de toute la France, un travail qui peut prendre jusqu’à trois ans.