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À Albert, le fou des bijoux tire sa révérence
Dans le centre du village d’Albert, Christian Dusautoy tient la bijouterie L’émeraude depuis plus de vingt ans. À l’heure de la retraite, le commerçant nous accorde un entretien. L’occasion de découvrir un homme tout aussi précieux que les marchandises qui ornent ses vitrines.
Quel est votre parcours ?
Je suis fils et petit-fils d’anciens bijoutiers d’Albert. Mes parents ont débuté en 1959 dans une boutique qui s’appelait La Renaissance. À 12 ans, je leur donnais déjà des coups de main le week-end. Naturellement, je suis allé à l’école professionnelle de bijouterie à Besançon. Très rapidement, j’étais censé reprendre le commerce de mes parents. Mais cela ne s’est pas fait à cause d’histoires de famille…
De 1970 à 1984, je suis devenu représentant en bijouterie. J’ai appris le métier de vendeur en parcourant les routes de la région, de boutique en boutique. À l’époque, les bijouteries étaient en pleine mutation. Le commerce remplaçait l’artisanat. En 1984, fatigué par les voyages quotidiens, j’ai décidé d’ouvrir ma propre enseigne : L’émeraude. Le lieu était tellement étroit qu’il y avait de la queue dehors, comme dans une boulangerie ! Treize ans plus tard, j’ai enfin pu reprendre la bijouterie de mes parents. C’est là que je vais finir ma carrière. Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours aimé les bijoux. Ils ont pour moi une valeur sentimentale. Je ne me lasserai jamais de voir les collections des représentants.
Parlez nous de vos produits et de votre marché…
Je vends toutes sortes de bijoux, des petites boucles d’oreilles en argent à 30¤ jusqu’au collier tout or à 2000¤. Je dispose aujourd’hui de 5000 pièces en stock. La vente d’or représente près de la moitié de mon chiffre d’affaire. Pour moi, c’est presque une finalité en soi, car c’est le matériau le plus noble. L’argent et le « plaqué or » arrivent loin derrière au palmarès des ventes…
Au fil du temps, je constate que je vends de plus en plus de bijoux de gamme moyenne. La qualité globale a baissé. Les corps des bagues pèsent 1 gramme, et non plus 3 à 4 grammes comme il y a vingt ans. À la caisse, la facture moyenne tourne autour d’une centaine d’euros. Le bijou s’est démocratisé mais je trouve qu’il a perdu de sa valeur symbolique. Autrefois, l’ouvrier ne partait pas en vacances mais il offrait un bracelet en or à sa femme. Aujourd’hui, il préfère lui offrir un voyage. Ça devient un marché difficile. D’autant plus que ma clientèle est essentiellement rurale et qu’elle dispose de moyens limités. Cependant, étant issu de la plus ancienne famille de bijoutiers en activité dans ma zone de chalandise (NDR : une quinzaine de kilomètres autour d’Albert), je jouis d’une certaine notoriété. Mon chiffre d’affaires est en progression chaque année.
Comment vous préparez-vous à la retraite ? Que va devenir votre affaire ?
Je vais avoir 60 ans et j’ai du mal à intégrer la suite… La retraite ne fait pas partie de mes préoccupations actuelles, même si je suis censé arrêter au mois de juillet. J’ai toujours l’esprit en ébullition et je prends du plaisir à développer mon commerce. Passer d’une vie très active à une phase où je vais me demander quoi faire me fait un peu peur. En contrepartie, je vais pouvoir me consacrer au théâtre. J’écris des pièces et je les mets en scène avec La compagnie du zèbre à bascule, la troupe que j’ai fondée en 1987. C’est ma seconde passion, je l’ai transmise à mon fils. Mon autre fils est dans l’informatique. Aucun des deux ne souhaite reprendre la bijouterie. J’aimerais donc la vendre et réussir à faire réembaucher mon employée. C’est la fin d’une histoire.
Légende : Issu d’une famille de bijoutiers, Christian Dusautoy est né au milieu des bagues et des colliers. Pour lui, le « bijou a perdu de sa valeur symbolique et la qualité globale a baissé depuis vingt ans ».
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